01-10-2009 Laurence Brenier Claude, deuxième jour d'audience.
Après les plaidoiries des parties civiles, dont l'UNAC, le procureur a annoncé ses réquisitions : 6 mois de prison avec sursis pour la personne qui était chargée de retirer l'escalier autotracté et qui n'avait pas vérifié préalablement que la porte était fermée ; 80 à 100 000 euros d'amende pour Air France qui porte une responsabilité pénale dans cette affaire pour faute de nature règlementaire.
L'avocat d'Air France a ensuite plaidé la relaxe de la Compagnie, l'avocat de la personne chargée de manipuler l'escalier a expliqué que son client n'avait jamais nié ses responsabilités et n'a pas contesté les réquisitions du procureur.
Le jugement a été mis en délibéré au 27 novembre.
Voici la déclaration que nous avons faite à la barre du Tribunal Correctionnel de Créteil au début de la deuxième journée d'audience :
Ce n'est pas tant le Président d'une organisation syndicale qui vous parle, que l'un des représentants du personnel navigant présents ici sur les bancs des parties civiles.
Il y a environ 30 000 personnels navigants professionnels en France. C'est une grande famille.
Cette famille a connu beaucoup d'accidents. Plusieurs membres, trop de membres, de cette famille ont disparu que ce soit au dessus du Ténéré dans l'attentat qui a touché le DC10 d'UTA le 19 septembre 1989 ou plus récemment dans l'atlantique avec l'accident du RIO/CDG du 1er juin de cette année. Mais cette famille n'oublie jamais personne et Laurence n'a pas été oubliée.
Laurence Brenier Claude était hôtesse de l'air.
Les hôtesses de l'air et les stewards font partie du personnel navigant commercial. Loin de l'image d'Épinal, les hôtesses et stewards sont certes des gens souriants et aimables, ils vous apportent un café et vous donnent trois cacahuètes sur un vol navette, mais ce sont surtout des salariés chargés d'assurer la sécurité à bord des avions. Leur fonction principale, fonction essentielle, c'est de s'assurer que rien de grave n'arrive aux autres.
Pour cela, les navigants appliquent des règles et des procédures qu'ils doivent connaître parfaitement.
Laurence connaissait et appliquait avec rigueur ces règles et ces procédures. Elle avait obtenu son CSS en 1989, elle travaillait à Air France depuis 1996, après avoir travaillé chez Aéromaritime et chez AOM. Elle avait effectué un peu plus de 4 500 heures de vol, elle avait donc une certaine expérience, une expérience certaine. Elle était reconnue par sa hiérarchie et par ses collègues comme une très bonne professionnelle. Elle avait un très bon dossier professionnel, son dossier contenait même plusieurs lettres de félicitations venant de passagers qu'elle avait transporté. Ceci doit être souligné, en effet comme dans tous les métiers de service, on trouve facilement des consommateurs ou des clients pour se plaindre, mais il est plus rare de recevoir des félicitations. Dans le cas de Laurence, plusieurs passagers avaient éprouvé l'envie d'écrire à Air France afin d'informer la Compagnie de leur satisfaction d'avoir effectué un vol avec Laurence.
Malgré ces procédures, malgré son professionnalisme, pour des raisons que ce Tribunal doit juger, le 1er février un drame s'est produit à ORLY. Ce drame a fait une victime : Laurence Brenier Claude. Elle est la seule victime dans cette affaire.
Ces procédures étaient-elles assez précises . Ses procédures ont-elles été appliquées par tous ? Ce Tribunal doit en juger.
Mais au bout du compte, Laurence a perdu la vie.
L'ensemble des navigants professionnels, toute la famille, attend maintenant que toute la lumière soit faite sur ce drame, pour la sécurité de tous et pour la mémoire de Laurence.