
par Philippe CADOREL, CCP Amériques, votre élu.
Lettre de l'administrateur PNC n° 33 de août 2009
EditoLes vacances demeurent propices aux « discrètes » augmentations de prix et services comme des menues revalorisations de prestations sociales, la seule diminution du 1er août aura été celle du taux de rétribution de 1,75 % à 1,25 % des livrets d’épargne… Ces habitudes historiques permettent à ceux qui partent en vacances, de mieux en profiter et à ceux qui n’en prennent pas par manque de moyens, de se réconforter d’être restés chez eux.
Pour distraire ces derniers qui deviendraient de plus en plus nombreux, les médias ont diffusé fort opportunément la grande saga de l’été : l’éventuel versement d’un bonus d’un milliard d’euros à 17 000 salariés de BNP Paribas. Un retour aussi rapide de rémunérations délirantes à certains traders, après le soutien financier qu’en tant que contribuables, ils avaient collectivement apporté aux banques, a écoeuré la majorité des Français. Les Américains avaient d’ailleurs eu la même réaction peu de temps avant avec les bonus insolents de Goldman Sachs que leur gouvernement avait largement soutenu…La déception est d’autant plus forte que la plupart d’entre nous pensions que des réformes courageuses avaient été engagées.
Au moment où les pertes d’emplois s’accélèrent, où fleurissent chômage partiel et dépôts de bilan, ce versement potentiel semble surréaliste alors même qu’il n’est pas illégal, puisque les dernières prescriptions du G20 de Londres auraient été appliquées.
Si ces primes variables font traditionnellement partie du mode de rémunération des traders à l’image des commerciaux, la mission de spéculation permanente et irrationnelle sur les valeurs de marché est-t-elle encore envisageable, sachant que ce système est grandement responsable de la crise actuelle ?
À l’heure où les banques refusent l’accès au crédit – en n’assumant plus leur rôle de soutien historique et indispensable à la croissance ou au maintien de l’emploi dans les entreprises – on est en droit d’être inquiet pour notre avenir, quand s’accroît démesurément le fossé entre économies réelle et virtuelle !
On peut toujours espérer que le prochain G20 à Pittsburg en septembre redéfinisse une règlementation mondiale plus vertueuse afin de limiter les risques d’une nouvelle débâcle financière. En attendant, les Français ne se consoleront qu’en sachant que la moitié de ce bonus se retrouvera capté par leur système de prélèvements sociaux, réduisant ainsi d’autres déficits inquiétants. Car comme le disait si bien Labiche : « Les chanceux sont ceux qui arrivent à tout… les malchanceux sont ceux à qui tout arrive ».
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