
par Philippe CADOREL, CCP Amériques, votre élu.
Lettre de l'administrateur PNC n° 36 de janvier 2010
EditoLa crise économique ne peut et ne doit pas faire négliger deux domaines pour lesquels les raisons de s’inquiéter sont, hélas, multiples. La Sécurité et la Sûreté demeurent en effet des sujets de préoccupations récurrents pour l’aérien, et leurs dysfonctionnements se retrouvent trop régulièrement à
la une des médias. Il ne faut néanmoins jamais oublier que pour le personnel navigant, le sujet est d’actualité chaque jour, à chaque vol. Un quotidien qui ne doit en aucun cas devenir une routine, et c’est bien là le piège.
La dernière tentative d’attentat à Noël, sur le vol entre Amsterdam et Détroit a déclenché une nouvelle polémique sur les normes de sûreté dans le transport aérien. Le président Obama, désarçonné, a posé à sa ministre de la Sécurité Intérieure, la question que beaucoup avaient déjà formulée : « Comment ce passager signalé a-t-il pu monter dans deux avions avec cette poudre explosive ? »
Ce qui est particulièrement troublant et inquiétant, c’est que cette question soit posée par le président de l’État le plus puissant du monde, dont le pays a la réputation, depuis les attentats de septembre 2001, d’être le plus vigilant en termes de renseignement et de sûreté aérienne.
Une enquête internationale en cours devrait (si les résultats sont annoncés en toute transparence) démontrer, sans surprise, les limites d’application de procédures vieilles de plusieurs années, et qui visiblement ont besoin d’être revues et corrigées. Certes, le risque zéro n’existe pas, mais on ne peut en la matière se contenter de ce constat !
Suite à l’attentat manqué, notre ministre de l’Intérieur a annoncé qu’un groupe de travail était mis en place pour étudier l’arrivée de scanners corporels dans les aéroports français. D’autres propositions sont en cours d’élaboration, aboutissant au contrôle accru de l’identité des passagers par un recueil de renseignements au moment de la réservation et non à l’enregistrement. Ces scanners corporels font l’objet de polémiques légitimes, car ces petites cabines recréent une image en 3D très précise du corps de la personne fouillée en moins de 3 secondes, grâce à leurs ondes millimétriques, évitant de procéder
ainsi à une fouille manuelle. Or le Parlement Européen s'était prononcé en octobre 2008 contre ce système de fouille dénonçant une atteinte aux différents droits à la vie privée, à la protection des données
et à la dignité personnelle. Néanmoins, le drame évité de justesse a fait évoluer très rapidement les mentalités puisque d’ici à la fin du mois, la Grande-Bretagne, les Pays-Bas et le Canada en seront déjà équipés et que les États-Unis envisagent le déploiement de 300 machines d’ici un an.
J’espère que la dernière génération de scanners mise en service permettra de s’exonérer de toute intervention humaine. Elle éliminera tout soupçon de voyeurisme ainsi que d’éventuelles dérives conduisant à un sentiment de viol de l’intimité auxquels certains d’entre nous ont pu être un jour confrontés.
Il restera bien évidemment au personnel navigant déjà hautement sensibilisé sur le sujet, à faire encore appel à ses ressources personnelles afin de renforcer sa vigilance à bord des avions. Mais c’est avant tout grâce aux efforts constants de chacun, au sol comme en vol, que nous pourrons lutter contre ce fléau chaque fois réinventé, qui nécessite d’anticiper en plaçant l’innovation au coeur des moyens de contrôle. Car comme l’avait déjà remarqué Albert Einstein, « le monde est dangereux, non pas tant à cause de ceux qui font le mal, qu’à cause de ceux qui regardent et qui laissent faire ».
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