Newsletter UNAC n° 584 du samedi 13 mai 2006
Sommaire :
Vous nous avez écrit à propos de "Corriger Willy"
Et écrit encore...
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Vous nous avez écrit à propos de "Corriger Willy"
De : Céline... <....@wanadoo.fr>
Date : 11 mai 2006 08:49:47 HAEC
À :
Objet : parution newsletter du 8 mai 2006
Bonjour,
Merci pour votre publication de la
Je suis entièrement d’accord, et faisant partie des malheureux accidentés, je souhaitais vous joindre ma réponse à la publication de la Division A 320, adressée à Monsieur Luc Berthier (à l’époque, je n’avais en ma possession que cette adresse e-mail).
Je tiens à préciser qu’à ce jour, je n’ai pas eu l’ombre d’une réponse.
Pour ma part, et vous avez raison de le notifier dans votre Newsletter, les suites physiques (et morales) sont loin d’êtres résolues, et avec la rééducation, chaque jour de nouvelles séquelles (rééducables ou non) apparaissent.
Je suis donc de tout cœur avec ce que vit Jean-Philippe, même si mon « cas » est loin d’être aussi grave que le sien.
Vous trouverez à la suite ma réponse (écrite juste après avoir reçu le récit de Willy Bertolus, donc pleine de colère.)
Cordialement, Céline... PNC
Voici la copie du courrier de notre collègue adressé au Chef Pilote de la Division A320 à la suite de la publication du "Journal de la Division A 320"
Melle Céline.... Le 11 avril 2006Adresse effacée A l’attention de Mr Luc Berthier Chef Pilote A320/Orly Réf : Accident de NKC le 16/01/06. Mr Berthier, Je vous remercie de m’avoir fait parvenir la revue « Briefing » du mois d’avril. Comme la revue « survol », à laquelle les PNC ont accès, le récit des expériences heureuses ou malheureuses de notre métier est utile pour avancer dans le bon sens et améliorer notre expérience professionnelle. Cependant, je suis en désaccord sur certains points du récit de Willy Bertolus, CDB A320. J’avais effectivement donné mon accord pour la publication de son récit à condition qu’il modifie sa version du « timing » de l’accident. J’insiste sur le fait que le but de cette lettre n’est évidemment pas de remettre en cause ni les qualités professionnelles, ni humaines de Willy, mais vous comprendrez que je suis interpellée quand je dis « non », et qu’il estime que c’est « oui ». Notre profession (et lors des journées CRM notamment), parle souvent de l’engrenage des faits et/ou d’erreurs humaines qui conduisent à l’accident. Enfin, et c’est la raison principale de cette lettre, je regrette l’absence de réflexion (je n’irai pas jusqu’à dire que ma réflexion est forcément la plus juste) sur ce récit : Les faits ---Pourquoi ?--- Comment ne pas reproduire les mêmes erreurs ? Le secteur PNT A320 est donc informé de ce qui c’est passé, mais pour moi, l’important est que la population PN toute entière fasse plus attention, et n’oublie pas d’être prudente. Peut-être y aura t-il une publication sur les risques des activités en escales pour le rappeler ? Voici donc ma version et interprétation des faits qui ont conduits à l’accident : Après le déjeuner du 2ème jour, nous repartons vers NKC par le Banc d’Arguin. En passionné d’ornithologie, Willy est ravi, il peut enfin photographier à loisir les oiseaux. Mais le temps passe, car le chauffeur fait beaucoup d’arrêts pour les photos. Dans le 2ème 4x4, nous nous impatientons de ces pauses répétées, et nous voyons notre guide Ahmed s’inquiéter du « timing », car la route que nous empruntons est sur la plage, il reste environ 110/120 km à parcourir, et il faut absolument passer avant que la marée ne remonte. Nous tenons également à nous reposer au moins 3 heures à l’hôtel avant le vol retour. La vitesse s’accélère, et nous faisons exprès de doubler le 4x4 de Willy pour faire envoler les oiseaux… plus d’oiseaux, plus de photos… plus vite à l’hôtel (idiot, plutôt que de s’arrêter et de le dire). Arrive le moment ou les deux chauffeurs s’arrêtent pour discuter du trajet. Il est 15h40. Le 4x4 de Willy repart effectivement devant, et nous demandons à Ahmed notre chauffeur de ralentir et d’être plus prudent car la plage n’est pas si plate par endroits et nous évitons déjà un premier accident de justesse (1 énorme essieu de 4x4 accidenté et de grosses pierres derrière une butte sans visibilité). Nous sommes un peu secoués, et du coup beaucoup plus attentifs à la conduite d’Ahmed, qui ralentit l’allure. Il faut savoir également qu’ayant roulé sur du sable sec et mou (dunes) le matin, les guides avaient dégonflés les pneus des 4x4, pour une meilleure adhérence. Mais nous roulons maintenant sur du sable mouillé et dur, les pneus sous-gonflés ont donc une adhérence insuffisante. Ahmed compense donc par une vitesse à nouveau « élevée » entre 70 et 80km/h. Je prends ma dernière photo sans arrêt de la voiture à 16h20 exactement. Le 4x4 de Willy est loin devant, on aperçoit à peine un point noir. Quelques minutes après, Ahmed voit trop tard, il est stressé et distrait, une grande plaque noirâtre (algues ou dégazage), il panique, donne un grand coup de volant à gauche. La voiture dérape : Jean-Philippe et moi lui crions en même temps de tout lâcher, le volant, les pédales, pour que la voiture se « rétablisse » toute seule. Ahmed est paniqué et ne connaît apparemment pas les dangers qu’impliquent ses réactions. Il ne nous écoute pas. Il accélère, re-braque du coté opposé sur la droite. Le 4x4 part en tonneau. Je m’évanouie au 1er tonneau. Lorsque je reviens à moi, il ne reste qu’Hélène et moi dans la voiture. Je suppose qu’il a du s’écouler 5 à10 minutes. Il est donc entre 16h25 et 16h30. Willy affirme avoir pris sa dernière photo à 16h40, heure où le guide à enfin commencé à s’inquiéter de la distance entre les deux 4x4. Il s’est donc écoulé 15 minutes avant qu’ils ne fassent demi-tour, plus le temps du trajet retour. Je suis donc restée bloquée dans la voiture une vingtaine de minutes. C’est interminable quand on souffre. C’est une distance et un temps de réaction trop long quand on voyage en groupe, et dans le désert. On ne distance pas ses co-équipiers. (Nous avions eu un souci peu de temps avant, au poste de police du Banc d’Arguin, le 4x4 de Willy étant déjà devant, ils étaient passés sans problème, mais nous nous sommes fait arrêter, et le laisser passer avec les autorisations étaient avec le CDB… Nous avons patientés 10 minutes dans l’espoir qu’ils allaient faire demi-tour pour voir ce qu’il ce passait… Rien. Et le policier ne voulait pas nous laisser passer. Il a fallut qu’Ahmed aille parlementer et verser un « bakchich » pour que nous puissions reprendre la route.) Puis, François et Willy réussissent à me sortir de la voiture, par miracle sans faire plus de « dégâts » physiques. Enfin, et par chance nos « sauveurs » Français arrivent au moins 45 minutes après l’accident. La suite n’est que communications diverses pour nous trouver un hélicoptère, quelques 4 heures d’attentes. Plusieurs facteurs ont donc conduit à cet accident : 1/ Le stress : - des chauffeurs à propos de la marée et du timing à respecter. - le stress que l’on a peut-être transmis à propos du temps de repos que nous tenions à avoir avant le vol. 2/ La vitesse : - une vitesse excessive en réponse aux impératifs horaires. - une vitesse adaptée pour une meilleure adhérence. - une vitesse inadaptée à une plage « glissante ». 3/ L’inexpérience : - en conduite de notre guide. - en préparation de ce genre d’excursions (prévoir de dégonfler les pneus pour passer dans les dunes c’est bien, mais prévoir aussi de pouvoir les regonfler, c’est encore mieux). - temps de réaction de l’autre 4x4. - on ne distance pas ses co-équipiers. 4/ La communication : - Avec le CDB - Nous aurions du nous concerter sur l’heure retour maximale à l’hôtel. - Le guide aurait du imposer son timing et sa « connaissance » de la plage et des marées. Nous sommes « tous » fautifs, les guides auraient dû être mieux équipés, et nous aurions dû le vérifier dès le départ. Une excursion dans ce genre de pays et d’endroit isolé est toujours potentiellement à risque, il ne faut pas l’oublier. Je ne cautionne donc absolument pas, comme précisé dans le NOTA du récit : « que chaque membre d’équipage souligne le sérieux et le professionnalisme de cette agence ». Je précise également que ce NOTA ne faisait pas partie de la pré-lecture du récit que m’avait fait Willy Bertolus. Je ne pense pas qu’un guide qui a eu un accident grave de ce genre, et qui se représente à l’hôtel quelques jours après, explique aux navigants présents (et informés de l’accident) que « ce n’était qu’une petite glissade », est quelqu’un de sérieux et fiable. Ni pour lui, ni pour ses clients. Malgré une santé physique évoluant correctement, le coté « psychique » de cette histoire est difficile à gérer, et il m’était nécessaire et important de vous écrire mon ressenti. J’espère ne pas vous avoir importuné, merci à toute l’équipe d’élaboration de « Briefing » pour leur délicat petit mot, leurs pensées et soutien me font chaud au cœur. Veuillez recevoir, Monsieur Berthier, l’expression de mes cordiales salutations. |
De : Céline... <....@wanadoo.fr>
Date : 12 mai 2006 00:26:47
À :
Objet : complément de mon mail précédent
1° Même si l’accident n’est pas la faute directe de notre CDB qui a organisé l’excursion, je tiens à préciser que j’ai, et ce à plusieurs reprises, et en présence de l’équipage entier, demandé et insisté sur la question « avons-nous le droit, pour notre sécurité, de sortir de l’hôtel ? »
Il m’a été répondu (d’un point de vue sûreté) que « tout ça » n’avait plus cours, et que le pays était sûr. Après trois essais, j’ai fini par ne pas insister, sentant mes questions malvenues, et gênantes.
2° Avec la relecture de mon récit, je me rends compte que le lecteur ne peut pas forcément comprendre pourquoi j’insiste sur le « timing ». Je l’ai fait car le récit de Willy donne l’impression qu’il (la 2ème voiture) a toujours été présent. Ce qui est faux, et donne une version édulcorée.
Ce qui fut un tragique accident ressemble à un récit de bonne balade fort sympathique (et quelles photos !), avec un accident à la clé soit, mais dont nous sortons tous plus ou moins (voir moins) indemnes.
OUI, nous sommes en vie.
Mais avec un avenir professionnel plus qu’incertain, et des séquelles physiques permanentes qui n’iront bien sur pas en s’améliorant avec le temps.
Entre autre, réapprendre à descendre un escalier sans tomber, car mon cerveau s’embrouille, et ne sais plus quel ordre donner, ni à quelle jambe, ni au bon moment. La rééducation, c’est un stade optimiste, ou l’on peut se dire, chouette ! Cela va aller de mieux en mieux, mais quand chaque jour vous découvrez quelque chose de nouveau qui ne fonctionne pas…
En attendant, Ahmed continue ses excursions sans être inquiété le moins du monde, avec des véhicules assurés ou non, personne ne le sait non plus.
Ahmed n’a certainement pas pris la peine de s’équiper de moyens de télécommunications plus perfectionnés et adaptés, et ce n’est pas faute de moyens financiers, vu le nombre de PN qu’il « balade » et le tarif qu’il demande.
La cerise sur le gâteau en ce qui me concerne, est son refus de répondre aux mails que je lui envoie. Quel Gentleman…
Une histoire comme la notre aurait mérité plus de réflexion avant la parution d’un récit en partie faux, avec une mise en page digne d’une brochure publicitaire.
La publication du récit de Willy est moralement très destructrice, car elle cautionne ses dires qui sont faux, et nous impliquent dans une « réflexion » qui n’est pas la notre. J’aurais apprécié que le responsable de publication nous appelle directement afin d’être sûr de notre accord.
NDLR : Céline, dont nous avons publié le courrier sans modification, fait référence à la revue "Briefing" mais, en fait, le document dont il est question est plus précisément un supplément au "Journal de la Division A320".
Ces messages de Céline nous montrent que la réalité est loin d’être aussi idyllique que pourrait le laisser penser les publications de la Compagnie.
Pour notre part, nous aurions aimé voir la Direction rappeler que les consignes sûreté doivent être strictement appliquées et transmises à l’ensemble de l’équipage. Même si cela n’aurait évidemment pas empêché l’accident, la Direction de la sûreté ayant édicté une prescription précise : “interdiction de sortir de l’enceinte de l’hôtel”, certains membres de l’équipage auraient peut-être pris d’autres décisions avant de faire cette balade.
Nous aurions aimé que la Direction s’abstienne de relater cette balade comme aurait pu le faire une agence de voyage et qu’elle insiste plus sur les risques que peut présenter un voyage en 4/4 loin de toute couverture des moyens de communication habituels.
Nous attendons maintenant que la Direction rappelle les consignes. De plus, nous avons obtenu qu’une copie des consignes sûreté soit systématiquement transmise au CC/CCP au cours du briefing mais la mise en oeuvre de cette nouvelle procédure tarde à voir le jour.
Dans l’attente de la réalisation effective de cette procédure, nous vous invitons à réclamer au cours du briefing une information précise sur les mesures de sûreté applicables sur le vol que vous allez effectuer et sur l’escale où vous allez être hébergé.
L'UNAC rappelle, à la DG.OA et aux rédacteurs de sa revue BRIEFING, que les Newsletters ne sont pas destinées à être reproduites sans autorisation.
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