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LOW-COST : Le dumping social
LOW-COST : Le dumping social
Ouverture d'une base Ryanair à
Marseille, investissement de 120 M€, 13 destinations sur
l'Europe,
1 million de pax, 2 avions en base.
Le 08 novembre, la Compagnie Ryanair a ouvert une base à l'aéroport de Marseille, qui lui dédie un nouveau terminal « low-cost » : le MP2. Cette implantation va manifestement développer le bassin d'emploi de la région PACA (mille créations d'emplois selon les déclarations de Monsieur Michael O'Leary, PDG de Ryanair), un million de passagers supplémentaires sont attendus et tout ceci aura un impact indéniable sur l'économie locale et régionale. Et c'est tant mieux !
Cependant le revers de cette situation est loin d'être brillant pour les PNC recrutés par Ryanair. En effet, il semblerait qu'ils soient embauchés sous contrat irlandais et que de ce fait, ils échapperaientà toutes cotisations sociales françaises et notamment aux cotisations de la CRPN.
Souvenez-vous, il y a quelques mois, l'Europe s'est fait peur avec « Bolkenstein » et son plombier polonais. Nous découvrions alors que la liberté de circulation des travailleurs européens mettait en concurrence directe des emplois avec des charges et des coûts différents en fonction de leur nationalité. Mais la méthode employée par Easyjet aujourd'hui, et demain par Ryanair est encore plus perverse, puisqu'elle ne consiste pas à baser des employés étrangers, mais bel et bien à recruter et à utiliser des PNC français, au départ d'une base française, sous contrat étranger afin de diminuer leurs charges sociales, en échappant aux cotisations obligatoires françaises.
Les charges sociales irlandaises sont entre 30 et 40% inférieures aux françaises.






Comment peut-on tolérer ce dumping social, en argumentant toujours et encore, de la libre concurrence et du chantage à l'emploi ? Certes, mille emplois, c'est attirant, sans parler de tous les autres qui, à termes, ne manqueront pas de se développer dans les secteurs économiques connexes. Mais sur l'ensemble de ces créations d'emplois, seuls ceux des PN seront écartés des régimes solidaires français. C'est donc de façon complètement inique et en oubliant une catégorie professionnelle fragilisée (les PN, une population fortement sinistrée par le chômage et à qui, aucune autre perspective ne s'ouvre sur le marché de l'aérien français), que beaucoup se félicitent de ce nouvel élan économique.
Faut-il le rappeler, depuis une dizaine d'années nous avons vu fermer une à une les compagnies aériennes françaises, Air Lib, Air Horizon, Aéris, la liste est longue. Demain que deviendront les salariés des compagnies comme Aigle Azur, Air Méditerranée, Eagle Aviation, Corsair, Star Airlines, quand celles-ci seront mises en concurrence avec des mastodontes « low-cost », non seulement subventionnés par les Conseils Régionaux, mais de plus, échappant à ce qui fonde le modèle social français, l'obligation de participer au financement de régimes par répartitions couvrant l'indemnisation du chômage, des retraites et de la maladie ? Pas besoin d'être devin, les employeurs chercheront à amortir les différences de coûts par un durcissement des règles d'utilisation et une diminution des rémunérations. Pour celles, qui sont déjà aux minima sociaux, à défaut de trouver de nouveaux marchés, elles disparaîtront, laissant les salariés une fois de plus sur « le carreau »...
Nous connaissions déjà différentes formes de délocalisation, la plus classique, celle qui consiste à déplacer l'outil de production dans un pays tiers. Par exemple, Corsair vient de se séparer de tous ses 737, pour les céder à Jet4you (compagnie aérienne marocaine), pour trois mois plus tard, sous-traiter à moindres coûts les services de cette compagnie, des lignes qu'auparavant elle exploitait en propre. La forme la plus pernicieuse est sans doute celle utilisée par Air France, qui consiste à développer son exploitation au travers de code-share avec des compagnies déjà installées sur des marchés émergents, c'est notamment le cas sur la Chine. La plus dégueulasse reste celle utilisée par Easy Jet et Ryanair. Elle consiste à délocaliser la couverture sociale anglo-saxonne et de l'appliquer à des salariés français basés à Marseille et donc d'en faire des salariés à protection sociale « low-cost », qui n'ont d'autre choix que d'échapper à la solidarité nationale.






Les pouvoirs publics sont responsables et montrent une fois de plus leur désintérêt vis-à-vis des affaires aériennes. Chacun peut imaginer le tollé dans la branche de la sidérurgie, si demain « Mittal Steel », employait des salariés français, dans une filiale française, sous contrat indien, aux conditions indiennes d'emploi et de rémunération. Pour notre compte, bien que notre régime de retraite soit subordonné à trois ministères de tutelle, le transport, Bercy et les affaires sociales, rien ne bouge pas même une oreille. Tout aussi bizarrement cette affaire ne suscite que peu d'intérêt de la part des organisations syndicales représentatives du personnel navigant français, et tout particulièrement le SPAC et le SNPL. Ils n'hésitent pourtant pas depuis six mois à décrire l'urgence de mettre en œuvre une réforme de notre caisse de retraite, à grand renfort de « catastrophisme », pourtant l'implantation et à terme, la multiplication de ces nouvelles bases « low-cost » entament dangereusement le champ d'application de la CRPN. Sans vouloir être polémique, il nous semble tout aussi important de faire front au développement des bases Easy Jet et Ryanair que de mettre en place la réforme.
Pour lors, la CRPN a déjà assigné Easy Jet devant le tribunal de Grande Instance. La Sécurité Sociale anglaise a immédiatement réagi en répondant : « stand-by ! », tout en suggérant la voie de la conciliation. Pour ce qui nous concerne, à partir du moment où nous pourrons vérifier les déclarations d'intention de Monsieur Michael O'Leary de recruter des PN sous contrat irlandais, nos administrateurs élus à la CRPN ne manqueront pas d'assigner à son tour Ryanair.
Cependant il ne faut pas écarter, que toutes ces déclarations ne sont peut-être qu'une vaste manipulation pour s'assurer d'une large couverture médiatique, du lancement du nouveau terminal MP2. Pour faire valoir notre point de vue, nous avons demandé une audience à Monsieur Michel VAUZELLE, Président du Conseil Régional de PACA.
Vice Président de l'UNAC

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