Newsletter UNAC n° 90 du jeudi 14 août 2003
Cette newsletter vous est réservée en tant qu'adhérents à la section PNC Air France de l'UNAC. Vous pouvez néanmoins la transférer à des collègues si vous le jugez nécessaire.
Sommaire
:
- Privatisation,
tract du 11/08/03
-
Privatisation, les dangers de l'actionnariat salarié, tract du 13/08/03
| - Sur le Web |
Privatisation, tract du 11/08/03
L'Assemblée Générale d'Air France
Sans surprise, lors de l'Assemblée Générale des actionnaires du 10 juillet dernier, les actionnaires de la Compagnie ont voté à une très large majorité en faveur des changements apportés aux statuts de la Compagnie dans la perspective de la privatisation prochaine. Comment aurait-il pu en être autrement puisque l'actionnaire majoritaire est justement celui qui veut privatiser la Compagnie (l'Etat !). Forte (!) de tous les mandats que nous avaient confiés nos adhérents et ceux qui nous avaient envoyé leurs pouvoirs pour cette Assemblée Générale des actionnaires, l'UNAC a voté contre cette privatisation... Mais nos voix n'ont représenté qu'une goutte d'eau dans l'océan des actionnaires pro-privatisation. Le Gouvernement est maintenant libre de vendre ses actions quand bon lui semblera et il ne fait aucun doute que nous apprendrons, comme tout le monde, au dernier moment, la nouvelle de notre passage au secteur privé par les médias.
Inquiétudes
Depuis un an que le Ministère de l'Economie a annoncé son souhait de faire passer la part de l'Etat dans Air France de 54 % à environ 20 %, cette privatisation prochaine est source d'inquiétudes pour l'UNAC comme pour beaucoup de PNC. Nombreux sont ceux qui nous interrogent à la permanence et dans les avions : qu'est-ce qui va nous protéger après la privatisation ? Que deviendra l'accord collectif PNC, sera-t-il dénoncé par la Direction ? Que deviendront nos primes de départ ? Pourrons-nous conserver la Caisse de Retraite des PN ?
Nous sommes bien loin d'avoir toutes les réponses à ces questions,
pour autant, certaines inquiétudes méritent d'être tempérées.
C'est notamment le cas pour la disparition du « statut » et
des « règlements ». Il faut se souvenir que c'est
justement ce « statut particulier » de la Compagnie
qui a rendu possible les remises en causes (diminution de salaires et blocages
d'avancement) et modifications de contrats de travail unilatérales
qu'ont connues les PNC au début des années 90. C'est ce qui
explique l'acharnement avec lequel, depuis de nombreuses années
(depuis notre création en 1994), l'UNAC s'est attachée
à faire sortir du statut, pour les inclure dans un véritable
accord collectif PNC, le plus grand nombre de dispositions concernant
la vie et le métier de PNC (salaires, conditions d'utilisation, règles
de carrière, protection sociale, etc).
Cet accord collectif, de droit commun, signé en 1999 et renouvelé
en 2003, est opposable à la Direction, que la Compagnie soit
publique ou privée. C'est un accord à durée
déterminée, valable jusqu'en 2008, qui ne peut être
dénoncé par quiconque ; il ne peut être révisé
qu'avec l'accord des signataires. Ceci explique sans doute pourquoi, jusqu'au
dernier moment, la Direction refusait la signature d'un accord à
durée déterminée, préférant de beaucoup
un accord à durée indéterminée offrant de plus
grandes facilités de dénonciation. Donc, pour les thèmes
couverts par l'Accord Collectif PNC, nous sommes protégés
jusqu'en 2008, ensuite il faudra renouveler l'Accord.
En revanche, un thème majeur ne pouvait pas être contractualisé
dans cet Accord Collectif PNC, c'est celui des conditions de départ
des PNC. En effet, comme chacun le sait, le règlement PNC
prévoit un âge de cessation d'activité à 55 ans.
Cette cessation d'activité à l'initiative de l'employeur est
un licenciement qu'il est absolument interdit de faire figurer dans
un accord. Cette clause qui permet de mettre à la retraite
un salarié à un âge particulier est illégale
dans le droit commun des salariés (sans doute même
juridiquement contestable dans le statut). Se pose donc la question de la
poursuite de cette pratique dans le domaine des conventions collectives.
C'est un réel problème à propos duquel l'UNAC va débuter
des négociations avec la Direction très rapidement.
Même si cela ne nous convient pas totalement, on peut déjà
apporter un début de réponse à la
question du maintien de certains avantages : la loi de privatisation du
9 avril 2003 stipule dans l'article 3 que les dispositions réglementaires
(dont font partie les conditions de départ PNC) continuent
de s'appliquer jusqu'à la date d'entrée en vigueur
des accords de substitution et au plus pendant un délai de deux
ans après la privatisation. Cela signifie que nous devrons
trouver une solution dans les deux années qui suivent la privatisation.
Pour améliorer cette garantie qui ne vaut que pour deux années
après la privatisation, l'UNAC a négocié et
signé un accord d'objectifs et de méthodes pour l'élaboration
de conventions d'entreprise à Air France qui prévoit «
la préservation dans le cadre de la privatisation des acquis sociaux
individuels ainsi que des conditions de travail, de rémunération
et des acquis sociaux collectifs définis dans les textes actuels
». C'est un accord à durée indéterminée
qui apporte quelques protections supplémentaires par rapport à
ce que prévoit la loi de privatisation.
Pour l'avenir, nous voulons conserver cette facilité de départ
et il faudra trouver et négocier le régime dérogatoire
qui s'y substituera. C'est indéniablement un des gros point
noir de cette privatisation et de la façon avec laquelle
cette difficulté sera résolue dépendra sans doute la
plus ou moins grande acceptation sociale de la privatisation par les PNC.
L'UNAC n'acceptera pas que la privatisation serve de prétexte
à la disparition de nos primes de départ.
Concernant notre caisse de retraite indépendante (CRPN), les questions
sont nombreuses. Mais plus que la privatisation d'Air France, c'est la crise
du transport aérien, à cause des suppressions d'emplois
PN (Air Lib par exemple) ou tout simplement du gel des
embauches à Air France, qui risque à plus ou moins
long terme de la mettre en difficulté. Si l'on ajoute à cela
la volonté du gouvernement de réformer les régimes
particuliers et le souhait des représentants du SNPL à la
CRPN de fermer la Caisse pour aller à l'AGIRC (fantasme ancien mais
régulièrement remis à l'ordre du jour), alors oui les
craintes sont fondées. Mais de l'unité des PNC derrière
leurs syndicats dépendra notre capacité à résister
à toutes ces menaces.
En guise de conclusion très provisoire
La loi (Code du Travail, Code de l'Aviation Civile) est censée protéger les salariés, les conventions et accords négociés par les syndicats ajoutent des garanties aux protections minimums de la loi, mais pour faire appliquer la loi ou les accords il faut des syndicats forts. Ceci vaut pour tous les salariés, qu'ils soient du secteur public ou du secteur privé, l'adhésion à un syndicat est indispensable pour défendre ses acquis sociaux. L'isolement et l'individualisme ne permettent pas de se prémunir contre la déréglementation, d'où qu'elle vienne !
Alors, pour votre bien, pour votre profession et tout simplement pour votre
avenir, adhérez à un syndicat.
Privatisation,
les dangers de l'actionnariat salarié, tract du 13/08/03
ESA : échange salaire/actions
La loi permettant la privatisation de la Compagnie Air France prévoit la possibilité d'échanger des actions contre une réduction volontaire de son salaire. Une telle opération a déjà eu lieu en 1999 pour les PNT.
Depuis l'annonce de la privatisation à l'été
2002, l'UNAC a exprimé un certain nombre d'exigences au premier rang
desquelles nous avons affiché notre refus de voir se renouveler l'opération
d'échange de salaire contre des actions telle qu'elle avait été
pratiquée en 1999 pour les PNT. Nous avons expliqué à
nos interlocuteurs que c'était pour l'UNAC un point de blocage total,
et un sujet conflictuel.
Il faut se souvenir qu'à l'époque, les PNT de la Compagnie
avaient obtenu de l'Etat et de la Direction la possibilité de pouvoir
renoncer à une partie de leur salaire brut en échange
d'actions Air France. L'opération s'effectuant sur le salaire
brut, elle avait pour conséquence d'échanger,
en plus du salaire net, des cotisations à la CRPN (non versées),
donc de l'argent appartenant à la collectivité PN ,
contre des actions AF réservées à certains seulement.
De cette façon, les PNT profitant de cette opportunité ont
pu diminuer leurs salaires imposables (c'est tant mieux pour eux), la Compagnie
a baissé sa masse salariale PNT, mais les ressources de la
Caisse de Retraite PN ont été diminuées d'autant !
C'est donc l'ensemble de la collectivité PN qui est, depuis 1999,
pénalisée. Bien sûr, les pilotes actionnaires n'auront
des droits à retraite que pour la partie de leur salaire réellement
cotisée, mais à court terme, le déficit du
fonds retraite s'est creusé et se creuse encore.
Autre conséquence négative pour tous les PN
(actionnaires ou non) : on peut tous constater sur la « notification
de droits » CRPN reçue à domicile ces derniers jours,
la baisse de l'indice CRPN mesurant l'évolution des salaires (IVSC)
qui sert à valoriser nos salaires et à calculer nos
pensions. Donc les pensions de tous les PN sont
moins importantes car certains ont pris des actions ! Vous avez dit ...
injuste ?
La diminution de la masse salariale PNT consécutive à cet
échange salaire/actions aurait, nous dit-on, rendu possible la croissance
de la Compagnie, ce qui s'est traduit par des embauches supplémentaires
de pilotes et de PNC. Cela aurait un effet bénéfique
sur le long terme puisque les pensions des pilotes à verser
dans quelques années seront moins élevées. Admettons
! En attendant, c'est aujourd'hui que le fonds retraite est en
déficit et c'est aujourd'hui qu'il nous faut trouver les ressources
et/ou les économies pour le réduire.
Nous refusons et nous nous opposerons à une nouvelle
opération d'échange de salaire contre actions, pratiquée
sur du salaire brut ! Les projets actuels de la Compagnie sur ce
sujet semblent conformes à nos exigences dans la mesure où
certaines cotisations (CRPN, assurances perte de licence, SIACI) continueraient
d'être versées sur la partie du salaire transformée
en actions. Mais pour l'instant, ce ne sont que des projets et les promesses
qu'on nous a faites sur le sujet ne sont que « verbales », le
protocole définitif ne sera proposé qu'au dernier moment,
une fois la privatisation lancée.
Ce qu'on peut dire pour l'instant, c'est que le projet concerne tous les salariés Air France sur la base du volontariat. Ceux qui le souhaitent pourront réduire temporairement leur salaire dans la limite de 25 % de leur salaire brut pour une durée déterminée à l'avance (a priori 6 ans). En échange, ils recevront un portefeuille d'actions de la Compagnie, la valeur des actions étant déterminée le moment venu par la commission des participations et des transferts. Ces actions pourront être placées dans le PEE (plan d'épargne entreprise) ce qui les rendra cessibles au bout de la cinquième année. Cette opération peut se résumer ainsi : vous achetez des actions de la Compagnie un jour J au prix de 10 haricots et vous les payez à crédit en baissant votre salaire. Si un mois plus tard l'action ne vaut plus que 5 haricots, vous continuez à la payer 10 haricots pendant toute la durée de l'échange salaire actions (!!!). En revanche, et c'est là que réside l'intérêt de l'opération, la valeur des actions acquises n'est pas retenue pour le calcul de l'assiette des impôts ! C'est donc principalement une opération fiscale qui intéressera ceux qui payent beaucoup d'impôts.
Nous reparlerons dans un autre bulletin des modalités détaillées
de cette opération, mais ce qui est le plus important à comprendre,
c'est que c'est une opération boursière risquée
(comme toute opération boursière) mais que c'est
surtout une opération fiscale. Si vous voulez marquer votre
attachement à l'entreprise ou votre croyance dans son développement
futur ou même votre volonté de participer aux prises de décisions
via les représentants des actionnaires au Conseil d'Administration
(ce qui est selon nous tout à fait illusoire !), il existe d'autres
moyens de le faire, notamment avec la seconde opération qui
sera proposée et qui s'intitule ORS (offre réservée
aux salariés).
ORS : Offre Réservée aux Salariés
L'opération ORS qui sera proposée ressemblera très probablement à l'ORS de février 1999 (aéroplus, aéromixt, aérodispo). Cela consistera à offrir la possibilité d'acheter des actions AF avec un rabais conséquent, d'obtenir un abondement de la Compagnie, des actions gratuites et des facilités de paiement. Ces actions pourront être placées dans un PEE, dans ce cas elles seront bloquées pendant 5 ans et les plus values ainsi que les dividendes (s'il y a plus values et dividendes) seront exonérés d'impôts.
Même si l'offre réservée aux salariés (ORS) est
bien moins risquée que l'échange volontaire de salaire contre
des actions (ESA), il nous faut rappeler quelques précautions
de bon sens. Le bon sens boursier qui veut que l' on ne
place en actions que de l'argent dont on n' a pas besoin à court
ou moyen terme, il n'y a rien de pire que de devoir vendre ses actions au
mauvais moment parce qu'on a un besoin urgent de liquidités. Le
bon sens paysan qui nous apprend aussi qu'on ne met pas tous ses
œufs dans le même panier ; si vous placez toutes vos économies
sur les actions de la même entreprise, vous risquez de tout perdre.
Et pour finir, le bon sens syndical qui nous force à
rappeler qu'en plaçant ses économies dans les actions de sa
propre société, on prend le risque en cas de grave difficulté,
de perdre à la fois son boulot et ses économies !
Nous sommes totalement opposés à un échange
salaire actions pratiqué sur le salaire brut sans cotisation à
la CRPN.
Nous sommes très réservés en ce qui concerne les risques d'achat d'actions Air France, même à des conditions avantageuses. C'est une responsabilité individuelle, mais notre devoir est de vous mettre en garde contre un enthousiasme... non maîtrisé.
Nous rappellerons, pour finir, que l'ensemble des salariés Air France étaient tous propriétaires gratuitement et collectivement de 9 % des actions d'Air France, qu'ils exerçaient collectivement des droits de représentation et de perception de dividende, mais que dans l'indifférence syndicale générale, cet actionnariat salarié a été supprimé dans le cadre du référendum organisé en 1994 par la Direction de l'époque. Aujourd'hui, on nous propose de redevenir propriétaire d'actions... mais en les payant, et la propriété n'est plus collective mais individuelle ! Evidemment, cet actionnariat est moins gênant pour une Direction d'entreprise et il permet en plus de faire de la spéculation avec l'outil de travail des autres. Alors, restons méfiants.
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