Air France KLM : un grand analyste dégrade
Goldman Sachs est passé négatif sur le dossier Air France
KLM qu'il couvre à "Sousperformance". Le courtier note que les
taxes carburant appliquées par les compagnies pourraient certes
offrir une certaine stabilité des bénéfices, mais
que le voyage aérien a tendance à se démocratiser,
ce qui pourrait provoquer l'arrivée de nouveaux entrants sur le
secteur et fragiliser les grandes compagnies traditionnelles. Le
business model de la compagnie française n'est pas le plus
attirant pour le courtier, qui préfère British Airways...
Infos GP : R4,
priorité d'embarquement, remboursement AMEX
Malgré des rumeurs, le R4
(billet partenaire) n’a aucune priorité sur les autres R2.
Le partenaire de voyage listé en R4
bénéficie simplement de l’ancienneté de l’agent
Air France qui voyage avec lui.
Pour les R2 pris en cabine 127 ou
C : Si la cabine Tempo est complète et qu’il reste de la place
en J, c’est l’ancienneté qui jouera entre le R2 Tempo et le R2 J
pour la priorité d’embarquement.
Si vous souhaitez vous faire
rembourser un GP payé avec
l’AMEX, celui-ci ne sera pas
remboursé, mais la somme sera remise sur le compte AMEX
qui constituera un avoir sur le prochain achat de billet. Si vous
n’êtes pas sûr d’utiliser le GP, payez-le alors avec la
carte Visa.
La directive Bolkestein ou le
malaise européen
LE MONDE
Le rejet de la directive Bolkestein sur la
libéralisation des services masque-t-il un rejet de
l'élargissement de l'Union européenne, intervenu le 1er
mai 2004 ? Cette proposition de loi européenne, adoptée
dans l'indifférence par la Commission en janvier 2004, à
l'initiative de l'ancien commissaire néerlandais Frits
Bolkestein, prévoit de libéraliser les services à
l'intérieur de l'Union européenne.
L'objectif proclamé de la
Commission à l'époque était de "réduire la
paperasserie qui étouffe la compétitivité". Un an
plus tard, en France, mais aussi en Belgique, en Allemagne et en
Suède, classe politique, syndicats et citoyens se mobilisent. Tous s'inquiètent du possible afflux
d'artisans et d'ouvriers venus d'Europe de l'Est proposer leurs
services à l'Ouest à des prix défiant toute
concurrence, entraînant salaires et normes de protection sociale
dans une spirale baissière. Chacun cite l'exemple de
l'entreprise lettone qui, après avoir remporté un appel d'offres en Suède pour construire
une école, avait commencé par faire travailler ses
ouvriers lettons à des salaires lettons, avant de devoir plier
bagage après le blocus organisé par les syndicats
suédois.
Qu'en est-il entre fantasmes et
réalité ? La proposition de M.. Bolkestein,
utilisée comme repoussoir par les opposants à la
Constitution alors qu'elle n'a aucun rapport avec elle, vise simplement
à achever un objectif remontant au traité de Rome de 1957
et relancé en 1986 par l'Acte unique de Jacques Delors :
réaliser en Europe un grand marché unique, fondé
sur la liberté de circulation des capitaux, des marchandises,
des travailleurs et des services..
Les deux premières
libertés vont largement de pair et concernent les entreprises :
pour pouvoir exporter librement, il faut aussi être en mesure
d'investir dans le lieu de son choix. Les industriels ont obtenu gain
de cause, en temps voulu, fin 1992, sans trop de heurts, grâce
à un triple phénomène.
D'abord, l'arrêt Cassis de
Dijon de 1978, prononcé par la Cour de justice européenne
de Luxembourg, a mis fin au protectionnisme déguisé des
Etats en décidant que, si un produit pouvait être vendu
dans un Etat membre, il pouvait l'être aussi dans les autres pays
de l'Union. C'en était fini des "normes prétextes"
destinées à bloquer les importations. Ensuite, Jacques
Delors a eu la sagesse d'accompagner
la mise en oeuvre de cette jurisprudence en faisant adopter des
centaines de directives, qui ont harmonisé, par le haut, les
normes nationales de production industrielle en Europe. Enfin,
la marche vers l'euro a rendu vain et inutile tout contrôle des
mouvements de capitaux.
Il en est allé tout autrement des deux autres
libertés, celle sur les
services et les travailleurs, qui vont elles aussi souvent de
pair : pour vendre ses services à l'étranger, il faut
pouvoir y travailler. La liberté de circulation des travailleurs
est largement restée lettre morte, en raison de la faible
mobilité des Européens, qui s'explique par des obstacles
culturels et linguistiques.
Quant aux services, qui
représentent les deux tiers de l'économie
européenne, ils ont été longtemps
épargnés par la concurrence. Soit parce qu'ils sont
locaux : le salon de coiffure de Paris n'est pas en concurrence, et ne
le sera jamais, avec celui de Dublin, pas plus qu'il ne l'est avec
celui de Dijon. Soit parce qu'ils sont protégés par toute
une série de réglementations nationales, souvent le fruit
de préférences collectives concernant la santé,
les services publics, l'éducation, etc.
Dans les années 1990, les
Européens ont donc fait "comme si" ces deux dernières
libertés existaient, mais ce n'était vrai que sur le
papier. La liberté de circulation des travailleurs a
été accordée alors que la pression migratoire en
provenance d'Italie, d'Espagne et du Portugal s'était tarie,
tandis que les services sont resté largement
protégés.
L'élargissement de l'Union
européenne aux pays d'Europe centrale a radicalement
changé la donne. Depuis le 1er mai 2004, l'Europe dispose d'une
main-d'oeuvre plus qualifiée et plus pauvre que ne
l'était celle des pays méditerranéens lors de leur
adhésion à l'Union. Craignant un afflux de main-d'oeuvre,
les chanceliers allemand et autrichien, MM. Schröder et
Schüssel, ont demandé et obtenu dès l'an 2000 qu'un
délai maximal de sept ans soit imposé avant d'accorder
aux travailleurs de ces pays la liberté de circulation. Pour la
Turquie, il est même envisagé d'avoir recours en ce
domaine à des clauses de sauvegarde permanentes. Sans grand
débat, l'Europe fait progressivement le deuil de la
liberté de circulation des travailleurs.
Ces sauvegardes n'ont pas suffi
à protéger les Européens de l'Ouest, qui avaient
oublié un peu vite la liberté de prestation de services.
Pour accélérer la création du marché unique
des services, indispensable à la relance d'une croissance
européenne anémique, le commissaire Bolkestein a
proposé d'appliquer aux services la jurisprudence Cassis de
Dijon : si un service peut être
proposé par un Polonais à Varsovie, il peut l'être
aussi dans les autres pays de l'Union. La réglementation
régissant ce service sera celle du pays d'origine du
travailleur, en l'occurrence la Pologne.
A
une exception notable : les salaires et le temps de travail.
Contrairement à ce qui est avancé par ses
détracteurs, M. Bolkestein s'est bien gardé de
s'aventurer dans ces domaines. Ces deux sujets restent régis par
une directive de 1996 sur les travailleurs détachés, mais
l'amalgame fait dans le débat public révèle tout
simplement que ce qui était acceptable dans une Europe
homogène est devenu intolérable dans une large Union aux
disparités grandissantes. Car, sur le papier, la directive de
1996 comporte en théorie tous les garde-fous suffisants : elle
accorde aux salariés le droit de travailler dans un pays tiers
pour une durée limitée, à condition de respecter
salaire minimum et conventions collectives du pays d'accueil.
DIVERGENCES CROISSANTES
Toutefois, elle comporte des
failles. Il est techniquement très difficile de faire des
contrôles sur des salariés envoyés pour une courte
période à l'étranger. Jusqu'à
présent, nul n'avait vraiment éprouvé le besoin de
le faire, les conditions de travail dans l'Europe des Quinze
étant proches. Ensuite, il existe un flou sur le
caractère obligatoire du respect des conventions collectives. Ce
débat, qui oppose la Suède et la Lettonie, sera sans
doute tranché par la Cour de justice de Luxembourg, mais il n'a
rien à voir avec la directive Bolkestein. Troisièmement,
la directive de 1996 ne concerne pas les travailleurs
indépendants, qui peuvent facturer leurs services au tarif de
leur choix. Enfin, la loi et les conventions collectives fixent
uniquement des normes minimales : un informaticien tchèque peut
être intéressé à offrir ses services
à l'équivalent du smic, trois fois moins que ses
concurrents occidentaux.
Sur ce point, le texte de M.
Bolkestein ne change pas grand-chose, mais montre que les
Européens sont désemparés face à
l'hétérogénéité nouvelle de l'Union.
Ce texte est aussi révélateur d'un renoncement de la
Commission à harmoniser les réglementations en Europe,
contrairement à ce qu'avait fait Jacques Delors.
A sa décharge, la Commission
ne fait que prendre acte des divergences croissantes que connaît
l'Europe élargie et de la faible volonté des Etats
d'harmoniser leurs législations. Les Français ricanent en
secret contre les Suédois, qui sont les premiers touchés
par la concurrence de leurs voisins baltes, mais après avoir
refusé pendant des années de parler en Europe
d'harmonisation sociale, sous prétexte que ce sujet était
de compétence nationale.
Faute de sursaut, c'est tout le
marché unique qui pourrait être attaqué. Quand la
commissaire polonaise Danuta Hübner explique qu'il faut favoriser
les délocalisations intra-européennes, en direction de
l'Europe de l'Est, elle suscite à l'Ouest un tollé, qui
revient à mettre en cause la liberté de circulation des
capitaux et des marchandises. On ne peut pas à la fois interdire
aux Européens de l'Est d'attirer des capitaux et des
investissements, d'émigrer à l'Ouest et d'y vendre leurs
services.
La
seule manière de préserver la cohérence du grand
marché est de favoriser un rattrapage rapide des
économies d'Europe de l'Est. Las, les pays les plus
riches, en particulier la France, l'Allemagne et le Royaume-Uni, ne
veulent pas payer pour l'élargissement et entendent limiter le
budget communautaire à 1 % du produit intérieur brut
européen (PIB), dont moins de la moitié serait
consacré à la solidarité envers les régions
les plus pauvres d'Europe. Depuis des années, les
Français s'inquiètent de ce que l'Europe risque de se
réduire à un grand marché. En
réalité, c'est l'existence même de ce grand
marché qui est menacée.
Arnaud Leparmentier
NDLR : "La cohérence du grand
marché", tout est dit ! Nous pouvons craindre les plus grands
bouleversements en l'attente des rattrapages nécessaires.